Croustillant à l'extérieur, alvéolé à l'intérieur et généreusement beurré : avec sa silhouette en demi-lune, le croissant compte parmi les grands classiques du petit déj' à la française. Mais au comptoir d'un café italien, mieux vaut revoir légèrement son vocabulaire.

"En Italie, le matin, tu vas plutôt commander un cornetto", explique Giuseppe, restaurateur basé à Enghien-les-Bains. À première vue, difficile de ne pas voir dans cette spécialité le cousin transalpin de notre croissant. Même silhouette recourbée, même robe dorée. Mais la ressemblance s'arrête à peu près là.

Car si le croissant français joue avant tout la carte du feuilletage et du beurre, le cornetto possède une pâte plus riche et plus sucrée. Sa recette comprend généralement des œufs, absents de la pâte à croissant traditionnelle, mais aussi davantage de sucre. Certaines versions y ajoutent en prime du miel, de la vanille ou encore des zestes d'agrumes. 

Des différences qui se ressentent forcément sous la dent. Quand le croissant revendique le croustillant, le cornetto se montre généralement plus tendre, moelleux et brioché. Son goût plus doux et sucré laisse également davantage de place aux arômes. Malgré leur air de famille, les deux ne jouent donc pas tout à fait dans la même catégorie.

Cette parenté ne doit d'ailleurs rien au hasard. Le cornetto italien comme le croissant français puiseraient leurs lointaines racines dans le kipferl d'Europe centrale, une douceur reconnaissable à sa forme arquée dont l'histoire remonte à plusieurs siècles. Celle-ci se serait diffusée en Vénétie à partir de la fin du XVIIe siècle, à la faveur des échanges entre la République de Venise et Vienne, avant d'être adaptée par les pâtissiers locaux.

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Et nos voisins ne s'arrêtent pas là. Si le cornetto peut se grignoter vuoto, autrement dit nature, les versions fourrées occupent une belle place derrière les vitrines des bars et pâtisseries : crème pâtissière, confiture, chocolat ou encore pâte de pistache viennent volontiers se loger en son cœur. 

Dans les bars de la Botte, cappuccino e cornetto constituent ainsi un duo emblématique du petit déjeuner. De quoi délaisser notre sacro-saint café-croissant le temps d'un week-end à Rome...