Croquer dans une figue et apprendre qu'une guêpe a peut-être participé à l'histoire… Voilà qui peut légèrement refroidir les ardeurs. Pourtant, inutile de regarder votre prochaine figue avec méfiance. Derrière cette anecdote étonnante se cache surtout un mécanisme naturel fascinant.
Commençons par une petite mise au point. La figue n'est pas vraiment un fruit comme les autres. Ce que nous mangeons est en réalité une sorte de poche charnue qui renferme une multitude de minuscules fleurs. Et chez certaines espèces de figuiers, ces fleurs ont besoin d'un partenaire très particulier pour être pollinisées : une minuscule guêpe appelée blastophage. L'histoire ressemble presque à un conte miniature. Attirée par le figuier, la femelle se glisse à l'intérieur de la jeune figue par une ouverture minuscule appelée ostiole. Le passage est si étroit qu'elle peut y perdre ses ailes et ses antennes. Elle se retrouve alors prisonnière à l'intérieur, mais accomplit au passage une mission essentielle : elle transporte le pollen d'un figuier à l'autre et permet ainsi la reproduction de la plante.
Et la fameuse guêpe morte dans tout ça ? Oui, elle peut mourir à l'intérieur de la figue. Selon une étude publiée par la Royal Entomological Society, une société scientifique britannique spécialisée dans l'étude des insectes, la guêpe pollinisatrice meurt généralement à l'intérieur du fruit après avoir accompli sa mission. Mais non, cela ne signifie pas que vous allez retrouver un insecte entier sous la dent au moment du dessert. La figue produit notamment une enzyme, la ficine, qui contribuerait à dégrader les tissus de l'insecte. Celui-ci est donc décomposé au cours du développement de la figue.
Surtout, toutes les figues que nous mangeons ne passent pas par ce scénario. D'ailleurs, la grande majorité des figues cultivées et vendues en France n'ont pas besoin d'être pollinisées par une guêpe. Autrement dit, on est loin de pouvoir affirmer que chaque figue de votre corbeille a abrité un insecte... Ouf !
Vous l'aurez compris, pas de quoi bouder les figues fraîches, les tartes ou les confitures. Cette drôle d'histoire rappelle plutôt à quel point ce fruit cache un petit monde derrière sa peau violette ou verte. Et entre nous, avec sa chair fondante, sucrée comme du miel, la figue mérite bien qu'on lui pardonne ce minuscule secret de fabrication.