Prendre ses médicaments avec un grand verre d'eau ? Beaucoup trop banal pour Marie-Antoinette. À Versailles, la reine souffre notamment de maux de tête et apprécie peu l'amertume de ses remèdes. Son pharmacien, Sulpice Debauve, a alors une idée plutôt gourmande : mélanger le médicament au chocolat pour mieux en faire passer le goût. 

Séduite, Marie-Antoinette baptise ces petits médaillons chocolatés "Pistoles". Et Sulpice Debauve ne compte pas s'arrêter là : convaincu que chaque recette peut associer plaisir et bienfaits, il en fera même sa devise : "Utile Dulci", joindre l'utile à l'agréable. 

L'histoire de la chocolaterie commence quelques années plus tard. Marie-Antoinette meurt en 1793, mais son pharmacien, lui, n'en a pas fini avec le chocolat. En 1800, Sulpice Debauve troque peu à peu les fioles et les potions pour ouvrir sa première chocolaterie à Paris. Et il garde de ses années d'apothicaire une conviction : le chocolat peut être aussi agréable au palais que bénéfique au corps. En 1823, son neveu Jean-Baptiste Gallais le rejoint dans l'aventure : la maison Debauve & Gallais est née. Et sa réputation dépasse bientôt le comptoir de la chocolaterie. 

Au XIXe siècle, la maison développe ses fameux "chocolats de santé" auxquels on prête alors toutes sortes de vertus. Même Brillat-Savarin, immense gastronome de son époque, en vante les bienfaits : chocolat au salep pour reprendre des forces, à la fleur d'oranger pour les nerfs délicats ou au lait d'amande pour les tempéraments irritables… À chaque petit mal, ou presque, son chocolat.

© Debauve & Gallais - Les Pistoles de Marie-Antoinette

Entre-temps, les clients prestigieux se succèdent. Après Marie-Antoinette vient notamment Napoléon Bonaparte. Sulpice Debauve devient son chocolatier et imagine de nouvelles gourmandises pour le futur empereur, telles que les "Croquamandes".

Plus de deux siècles après son ouverture, Debauve & Gallais existe toujours au 30 rue des Saints-Pères, à Paris. La boutique est même inscrite au titre des monuments historiques. Depuis, la maison s'est agrandie avec deux autres adresses parisiennes : l'une au 33, rue Vivienne, à deux pas du Palais-Royal, l'autre place des Vosges, autrefois appelée place Royale. Et pour ceux qui ne vivent pas à Paris, deux siècles de progrès ont tout de même quelques avantages : les chocolats de la maison se commandent désormais en ligne.

Et les fameuses Pistoles de Marie-Antoinette ? Elles sont toujours proposées par la maison, dans plusieurs parfums. Pas sûr qu'elles soignent vos maux de tête, mais bonne nouvelle : plus besoin d'être malade pour y goûter.