Un critique culinaire l'avoue : dans les wagons-bars SNCF, on peut manger un plat qui remplit de bonheur
Comme les chefs étoilés, les critiques gastronomiques ont tous un petit plaisir coupable, plus ou moins assumé. Des aliments simples, trop gras ou trop sucrés, croustillants ou mous à l'excès, qui les font saliver. Comme ce plat de brasserie, servi à bord des TGV et qui fait le bonheur d'un critique réputé...
Pour Stéphanie Le Quellec, ce sont les nuggets du McDo : une panure bien dorée, croustillante sous la dent, un cœur chaud et moelleux, légèrement salé. Pour Éric Fréchon, les crocodiles Haribo, colorés, élastiques et bien sucrés. Hélène Darroze, elle, craque pour le Caprice des Dieux : un fromage lisse, doux et ultra crémeux, sans croûte ni aspérité, qui fond lentement en bouche. Même les palais les plus affûtés aiment parfois revenir à des aliments rassurants et sans sophistication. Habitué aux sauces réduites et aux cuissons millimétrées, le journaliste culinaire Robin Panfili assume pleinement cette gourmandise décomplexée. Lui qui fréquente les plus grandes tables étoilées se régale aussi avec un McFlurry McDonald's, sans nappage mais avec des M&M's en topping précise-t-il, pour le contraste entre la glace et les éclats chocolatés, ou encore avec le chou à la crème de chez Mamiche, apprécié pour sa pâte légère et sa garniture généreuse et vanillée.
Côté salé, il fait volontiers les brochettes bœuf-fromage des restaurants japonais à volonté, fondantes et grasses à souhait, ou encore la galette-saucisse du marché des Lices, à Rennes. Dans sa newsletter Entrée, plat, dessert, celui qui travaille aujourd'hui au Fooding met à l'honneur ces petits plaisirs du quotidien, loin des espumas et des truffes blanches d'Alba. Des plats qui tiennent chaud et remplissent l'estomac pour quelques euros. Parmi eux, un produit occupe une place très particulière dans son imaginaire gourmand. Il lui avait déjà consacré un post sur ses réseaux sociaux plusieurs années auparavant. À ses yeux, il représente même une "vraie bouchée parfaite". Il le reconnaît volontiers, ce plat n'a rien d'exceptionnel sur le papier. Son attrait vient de ce qu'il offre : du chaud, du gras, du fondant, au bon moment.
Poétique, Robin Panfili raconte : "il est là, pas parfait, mais toujours prêt à rendre service, comme une bougie retrouvée au hasard dans un tiroir lors d'une coupure de courant en pleine tempête". Terre à terre, il relativise son éloge :"mi-fondant, mi-cramé", il décrit ce plat comme "costaud et un peu gauche".
De nombreux clients le confirment, il est souvent brûlé sur le dessus. Mais tout le monde y revient pourtant. Peut-être l'avez-vous goûté, il s'agit... du croque-monsieur de la SNCF ! Du pain grillé, du fromage coulant, une béchamel épaisse : ce casse-croûte n'a rien de gastronomique, mais procure un vrai plaisir aux voyageurs qui croquent dedans.
Vendu 7,90 euros au wagon-bar, le croque-monsieur de la SNCF séduit par sa générosité. La béchamel déborde, le fromage est légèrement gratiné, le pain est un peu ramolli. Pensé pour être mangé vite, il cale et réconforte tout de suite. Et parfois, c'est exactement ce que l'on attend d'un plat.