"Arrêtez de faire ça !" : pourquoi les sommeliers s'insurgent devant notre façon de servir le vin
C'est le faux pas à éviter lorsqu'on sert du vin à table : non seulement c'est très maladroit, mais cela peut carrément tourner à la catastrophe.
Servir le vin à la mauvaise température (trop chaud ou trop froid) ou dans des verres inadaptés, ne pas respecter le bon ordre de dégustation… Il y a plusieurs erreurs à éviter lorsqu’on ouvre une bouteille chez soi. Ces faux pas, vous les avez déjà commis. Mais pas aujourd’hui : ce soir, vous recevez une amie œnophile à dîner et vous devez être irréprochable. Vous avez passé les verres au peigne fin pour vous assurer de leur propreté, vous avez sorti la bouteille de la cave à l’avance pour qu’elle ne soit pas trop fraîche et vous avez même élaboré le menu en fonction du vin pour que tout s’aligne parfaitement. Tout est en place. Votre amie arrive et elle semble ravie du programme. En gentleman, vous proposez de lui faire goûter le vin. Vous ouvrez la bouteille avec votre tire-bouchon bilame comme un vrai professionnel et vous commencez à remplir son verre. C’est ici que ça se gâte…
Jusqu’ici, vous aviez fait un sans-faute. Hélas, vous venez de vous prendre les pieds dans le tapis : au moment de servir, vous n’avez pas su contrôler le débit du vin. Résultat des courses, le verre de madame s’est rempli trop vite et, comble de la maladresse, vous en avez renversé sur elle. C’est normal, vous avez pris la bouteille par le mauvais bout… littéralement. C’est une erreur classique : vous avez attrapé la bouteille par le col. Ce geste crée un déséquilibre qui mène souvent à la catastrophe. «On ne tient jamais une bouteille de vin par le haut, ce n’est pas un trophée. Arrêtez de faire ça !", s’insurge ici la Master of Wine Sonal Holland.
Tous les sommeliers le disent : il faut tenir la bouteille par la base. On l’attrape par le culot en positionnant son pouce dans le creux, indique le sommelier Antonio Spiga. Ainsi, on a une meilleure prise et un meilleur contrôle lors du service. Et pour éviter la fameuse petite goutte qui tombe sur la table, on fait tourner légèrement la bouteille après avoir servi le vin (un quart de tour suffit) et on essuie discrètement le goulot avec une serviette propre.
Au fond, servir le vin n'a rien d'un numéro d'équilibriste. Il suffit d'un geste sûr et maîtrisé. On oublie le col, on cale le pouce dans le creux du culot, on accompagne le mouvement. Le débit devient fluide, précis. Le verre se remplit sans éclaboussure, sans stress. Et ce petit quart de tour final, presque invisible, signe le service avec élégance.