"Du chantage" : ce n'est pas un hasard si Lindt, Activia et Galbani disparaissent des rayons du jour au lendemain

Cette semaine, impossible de mettre la main sur vos yaourts préférés. Vous pensez à un simple souci de stock ou de livraison dans votre supermarché habituel ? Pas si sûr.

"Du chantage" :  ce n'est pas un hasard si Lindt, Activia et Galbani disparaissent des rayons du jour au lendemain
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Vous poussez votre chariot dans les allées, un œil sur les promotions, l'autre sur votre liste. Vous attrapez les pommes, le café, les pâtes… puis vous tournez au rayon fromages. D'habitude, vous prenez toujours la même mozzarella Galbani. Sauf que là, l'emplacement est vide. Vous continuez. Au rayon chocolat, plus de tablette Lindt. Côté frais, certains pots d'Activia ont disparu eux aussi. Rupture ? Problème logistique ? Pas forcément. En coulisses, la bataille des prix entre industriels et supermarchés bat son plein... et elle se voit désormais en rayon.

Selon une enquête publiée par Le Figaro, les négociations commerciales pour 2026 sont particulièrement tendues. Chaque hiver, fabricants et grandes enseignes discutent des prix des produits de grande consommation, avec une date butoir fixée au 1er mars. Et cette année, les positions sont très éloignées. Les industriels demandent en moyenne 5% de hausse, parfois davantage pour certains produits comme le café. Les distributeurs, eux, réclament des baisses pouvant aller jusqu'à 15%, en mettant en avant la baisse de certaines matières premières agricoles.

Dans ce contexte, certains groupes dénoncent des "arrêts de commandes" décidés du jour au lendemain pour faire pression. Une pratique que la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a récemment qualifiée de "chantage mortifère". Les enseignes et leurs centrales d'achats parlent, elles, d'"ajustements ponctuels" autorisés en cas de désaccord. Derrière ces mots, une réalité concrète : lorsqu'aucun accord n'est trouvé, certaines références sont temporairement retirées des rayons. Le produit ne manque pas forcément en stock, il devient un levier de négociation.

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À cela s'ajoute un facteur qui accentue encore le déséquilibre : les alliances à l'achat. Plusieurs enseignes choisissent désormais de négocier ensemble, à l'échelle nationale voire européenne, afin de peser davantage face aux grands groupes agroalimentaires. Fin 2024, Intermarché, Auchan et Casino ont ainsi uni leurs forces au sein de l'alliance Aura. L'été dernier, Carrefour et Coopérative U ont fait de même avec la création de Concordis, une alliance européenne. Résultat : moins d'interlocuteurs autour de la table, mais des blocs bien plus puissants.

Pour le consommateur, le résultat est simple : un produit peut disparaître sans prévenir, puis réapparaître quelques semaines plus tard, une fois l'accord trouvé. Ce que vous voyez dans votre supermarché n'est donc pas toujours une simple rupture. Parfois, c'est le reflet très concret d'une bataille sur le prix de votre panier. D'ici là, il faudra parfois patienter… Et si, à l'approche de Pâques, le célèbre Lapin Lindt venait lui aussi à manquer, ce serait peut-être le signe que cette bataille s'invite jusque dans la chasse aux œufs.