Régis Marcon, appuie sur le champignon

Habitué au rythme des saisons depuis son enfance, Régis Marcon a fini par devenir le roi du champignon. Installé à Saint-Bonnet-le-Froid, son restaurant a décroché une étoile au Guide Michelin après l'autre. Le chef partage désormais ses menus et ses recettes dans des livres, la classe affaire d'Air France, et dans une école.

Régis Marcon, appuie sur le champignon
© Laurence Barruel, Portrait Régis Marcon

Régis Marcon est obsédé par la transmission. Pas étonnant, lorsqu'on découvre son histoire de famille, et son parcours du combattant dès son plus jeune âge. Désormais, il partage sa passion avec son fils, dans ses établissements perchés à plus de 1 000 mètres d'altitude.

Une biographie faite de passion et de transmission

Bien qu'il soit né le 14 juin 1956, l'histoire de Régis Marcon commence quelques années plus tôt, en 1948. C'est la date à laquelle ses parents, Marie Louise et Joannès Marcon quittent Saint-André-en-Vivarais, et viennent s'installer à Saint-Bonnet-le-Froid. Il s'agit d'une petite commune d'environ 200 habitants, à 1 200 mètres d'altitude, nichée entre la Haute-Loire et la Haute-Ardèche.

Issue du milieu paysan, la famille est obligée de quitter sa terre. Joannès s'occupe d'un commerce de vin, et Marie-Louise reprend un café du village. Régis Marcon est le dernier fils du couple. La maladie va emporter le père de famille alors âgé de 52 ans, et la mère se retrouve seule avec sept enfants à charge, une auberge à faire tourner, et quelques années difficiles devant elle. "Notre mère était une femme exceptionnelle, elle a tout de suite développé l'affaire car nos parents voulaient assurer l'avenir de leurs sept enfants", raconte Jean-Pierre, l'aîné des garçons, au quotidien La Montagne.

Ces épreuves vont forger le caractère des enfants, qui font de leur mieux pour aider. De son côté, Régis investit son énergie à l'école hôtelière de Grenoble, où il obtient un CAP et un BEP. Il est partagé entre sa passion pour le ski et celle pour la cuisine. A 22 ans, il revient finalement à l'auberge familiale, puis finit par y prendre goût, et reprend l'affaire de sa mère le 1er mai 1979. Avec l'aide de son épouse Michèle, il met en valeur les produits du terroir, et nourrit principalement les ouvriers et les voyageurs de passage.

"Quand les guides ont commencé à parler de nous, c'est là que le métier de cuisinier a pris un autre sens : de faire à manger, je suis passé à raconter une histoire. On était les bouseux de Saint-Bonnet ; ce qu'on a réussi à faire, c'est un peu une revanche", déclare le chef à Libération. Gault et Millau est le premier guide à s'intéresser à l'Auberge des Cimes, en 1985-1986. La même année, Régis et Michèle aménagent et rénovent le restaurant. Puis les récompenses commencent à pleuvoir. Le chef remporte le Prix Taittinger en 1989, sa première étoile au guide Michelin en 1990, et le prix Brillat Savarin en 1992.

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Roti de veau gremolata a la sauge de Régis Marcon ©  Philippe Barret

Alors que le couple fonde à son tour une famille, l'Auberge des Cimes s'élargit de douze chambres, donnant naissance à l'hôtel Le Clos des Cimes. En 1995, Régis remporte le Bocuse d'Or. Deux années plus tard, il obtient sa deuxième étoile et entre dans le groupe" Relais et Châteaux". Le Gault-Millau le récompense par trois Toques et le nomme cuisinier de l'année en 2000. Les récompenses ne s'arrêtent pas : il est élu Chef de l'année par ses pairs en 2001, il est promu Chevalier de La Légion d'Honneur en 2002, et il est élu à l'Académie des Lauréats Du Bocuse d'Or en 2003. Sa vie personnelle n'en est pas moins bien remplie. Le couple accueillie quatre enfants : Jacques, Marie, Thomas et Paul.

Mais le vrai tournant à lieu en 2005, année où il entre dans le club des trois étoilés au Guide Michelin, et où son fils le rejoint aux fourneaux pour créer le restaurant gastronomique "Régis et Jacques Marcon". Au restaurant s'ajoute l'Hôtel Relais et Châteaux trois ans plus tard, ainsi qu'une boulangerie-pâtisserie, La Chanterelle, en 2012. Soucieuse d'améliorer l'accueil de ses clients, la famille Marcon se lance finalement dans la création d'un spa, baptisé Sources du Haut Plateau, en 2015. La même année, le chef collabore avec Air France pour proposer une carte saisonnière pour la classe affaire, puis pour la première classe l'année suivante.

La volonté de transmission est bien présente chez Régis Marcon. Souvent sollicité pour partager son savoir, il a écrit près d'une quinzaine de livres comme "Ma cuisine des champignons", en 2001, ou encore "Céréales & légumineuses: 65 céréales et légumineuses, gestes et techniques, 110 recettes", en 2018. Il a également rédigé un ouvrage de l'Académie des Bocuse d'Or, "Défi gourmand", pour aider à préparer les concours de cuisine. Au sein de son établissement, il propose aussi des stages et cours de cuisine pour tous les niveaux.

Son emploi du temps bien chargé ne l'empêche pas de se plonger de temps en temps dans sa deuxième passion, le ski. Quand il n'est pas en Suède avec ses trois fils pour participer à des courses de ski de fond, il profite des trois mois de fermeture annuelle pour voyager et se reposer. En 2019, après avoir essuyé des reproches pour avoir été photographié portant un col bleu, blanc et rouge, emblème des Meilleurs Ouvriers de France (MOF), il s'explique par écrit.

"Pour plaisanter avec Marc Haeberlin, j'ai revêtu cette veste momentanément, belle maladresse ! Portée quelques instants mais assez longtemps pour qu'un photographe shoot mon portrait à mon insu." Il raconte par la même occasion que Paul Bocuse et d'autres amis l'ont souvent sollicité pour être nommé "Honoris Causa", un titre qu'il a toujours refusé pour des raisons personnelles. "Je tenais à faire cette mise au point et même si je ne suis pas meilleur ouvrier de France, j'appartiens à la grande famille des cuisiniers."

Des restaurants pour tous les goûts

Pour rendre visite à Régis Marcon, les clients ont le choix. Ils peuvent réserver une table au restaurant gastronomique "Régis et Jacques Marcon", prendre un goûter à la boulangerie-pâtisserie "la Chanterelle", et prévoir un repas au bistrot "La Coulemelle", où les tarifs sont plus accessibles.

Pour dormir, ils ont le choix entre l'hôtel quatre étoiles "Régis et Jacques Marcon", l'hôtel trois étoiles "Le Clos des Cimes", et l'hôtel trois étoiles "La Découverte". Enfin, pour se détendre, ils peuvent profiter des 400 m2 de bien-être proposés par le spa "Sources du Haut Plateau".

Ces établissements sont perchés à plus de 1 000 mètres d'altitude, dans une nature préservée. Une équipe soucieuse d'apporter l'attention nécessaire aux clients travaille désormais avec plus de 70 collaborateurs pour continuer de faire vivre cette aventure familiale.

En cuisine, le roi du champignon

"Ici, ce n'est pas guindé. Ma cuisine ressemble au milieu dans lequel je vis." Et dans le lieu où vit Régis Marcon, il y a des champignons. Habitué à la cueillette par son père depuis ses 5 ans, le chef étoilé a adopté et adapté le champignon à toutes les sauces. Assorti des autres spécialités locales, les lentilles vertes, le bœuf ou encore l'agneau, il est devenu l'emblème du restaurant.

"Le champignon est une leçon d'humilité. Devant lui, il faut rester humble", explique le spécialiste. En fonction des saisons, girolles, coulemelles, sparassis, tricholomes, morilles, chanterelles et cèpes parfument les assiettes. Secondé par son fils Jacques, Régis Marcon écoule jusqu'à 30 kilos de champignons par jour et propose une trentaine de variétés différentes au menu.

Une équipe de ramasseurs se charge de récolter les champignons sur les six départements limitrophes de la Haute-Loire. Mais lorsqu'il peut, le chef aime s'accorder une promenade entre deux services bien chargés pour humer lui-même ses champignons bien-aimés.

Recettes : de l'entrée au dessert

Impossible de ne pas croiser les champignons dans les spécialités de Régis Marcon. Accompagnant des Saint-Jacques, du saumon ou du chevreuil, ou simplement sauté à la poêle avec un filet d'huile d'olive, de vinaigre, et une pincée de sel, ce produit se décline jusqu'au dessert.

Régis Marcon est le premier chef à avoir proposé des champignons en version sucrée. "Cette recette est venue par hasard. Je cuisinais un beurre aux cèpes pour faire les sabayons. A chaque fois, je jetais les cèpes qui avaient frit dans le beurre, mais ça m'ennuyait. Ma mère m'a toujours appris à ne rien jeter. Du coup, je les ai fait griller, caraméliser, et ça a donné un goût noisette-amande ", raconte-t-il à Libération. Désormais, la morille est mariée au caramel, à la banane, à la pomme ou à la poire. Et le praliné au cèpe, accompagné d'un thé forestier, régale les clients.

À tester : le Pot-au-feu d'escargots aux champignons sauvage de Régis Marcon

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