Pourquoi des crêpes à la Chandeleur ?

Le 2 février 2019, nous fêtons la Chandeleur. A nous donc crêpes, blinis et autres pancakes. Mais d'où vient cette tradition de déguster des crêpes 40 jours après Noël ? Eléments de réponse.

Pourquoi des crêpes à la Chandeleur ?
© Oksana Slepko - 123RF

Les gourmands l'attendent chaque année avec impatience. Le 2 février, c'est la fête de la Chandeleur. Et qui dit Chandeleur, dit crêpes à gogo. Mais comment ce disque fin de pâte s'est retrouvé associé à cette fête ?

La Chandeleur, une fête romaine à l'origine

Il faut remonter à l'époque des Romains pour définir l'origine de la Chandeleur. Cette "fête des chandelles" du latin festa candelarum - d'où son nom - était une célébration païenne lors de laquelle les personnes marchaient dans les rues avec flambeaux et chandelles. Il faudra attendre le 5e siècle pour que la Chandeleur soit fixée au 2 février et associée au Christianisme. Pourquoi cette date ? Parce qu'elle représente la présentation au temple de l'enfant Jésus par sa mère Marie, 40 jours après la veillée de Noël. Une célébration qui donne alors lieu à de nombreuses processions des croyants, munis de chandelles bénies...

C'est lors de l'une de ces processions qu'est né le traditionnel partage des crêpes chaque 2 février. Afin d'encourager et de récompenser les nombreux pèlerins venus jusqu'à Rome pour fêter la Chandeleur, le pape Gélase 1er leur distribua des crêpes (de crispus, ondulé en latin), appelées "oublies" en ce temps, donnant ainsi naissance à une tradition toujours respectée.

Les crêpes, symboles de l'arrivée du printemps

Dans le monde paysan, le 2 février symbolise également la sortie de l'hiver et le retour au travail agricole. Les chandelles bénies étaient ainsi conservées par les paysans superstitieux qui les rallumaient dans le but de protéger les futures récoltes. Les crêpes quant à elles, rappelaient le soleil de par leur forme ronde et leur couleur dorée. Après des mois de nuits à rallonge, préparer des crêpes visait ainsi à célébrer le cycle des saisons et l'arrivée imminente du printemps. Avec le temps, les crêpes devinrent également un témoignage d'allégeance des fermiers envers leurs seigneurs, qui s'en voyaient offrir chaque année.

Et pour que l'année suivante soit prospère, il était coutume de tenir une pièce de monnaie dans la main gauche - un louis d'or de préférence -, et à retourner la crêpe en la jetant en l'air avec la main droite. Si la crêpe retombait parfaitement droite dans la poêle, cela apportait bonheur et prospérité au ménage. D'autres encore, jetaient leur première crêpe par-dessus l'armoire, toujours par superstition.

S'il est d'usage de manger des crêpes le 2 février, certaines régions du sud de la France fêtent la Chandeleur en dégustant des beignets

Le sarrasin, cette plante venue d'Asie

On estime l'apparition des premières galettes à 7000 avant notre ère. A l'époque, elles étaient préparées à partir de toutes sortes de céréales et entraient dans la nourriture de base. Le sarrasin, ou blé noir, a quant à lui fait son apparition en France au 12e siècle au retour des Croisés, à qui l'on doit l'importation de cette plante d'Asie. Car contrairement à son nom, le sarrasin n'a rien du blé. Il appartient en effet aux polygonacées comme l'oseille ou la rhubarbe, même si de par sa culture et son utilisation, on a tendance à le classer parmi les céréales. 

Si la Bretagne est connue pour être la patrie des galettes de blé noir, c'est parce que les terres et le climat tempéré de cette région convenaient parfaitement à la culture du sarrasin. On le surnomme d'ailleurs "plante des 100 jours", en référence à sa culture qui s'étend sur trois mois, de juin à la fin du mois d'août. Le froment étant réservé aux riches propriétaires, le sarrasin, et notamment les galettes, a longtemps fait office de pain dans les bouillies et les soupes qu'il rendait plus consistantes. Ce n'est qu'à la fin du 19e siècle et la démocratisation du pain au froment, que le sarrasin a fait une percée dans la gastronomie. 

A l'époque, existaient deux types de préparations à base de sarrasin : la galette et la crêpe de blé noir. La galette comme on la consomme encore aujourd'hui, était plutôt une spécialité de la Haute-Bretagne. On la garnissait de viandes, de jambon, de saucisses, de fromage et de poissons. En revanche, la crêpe de sarrasin était beaucoup plus fine et croustillante. Cette texture particulière, qui rendait son garnissage difficile, justifiera d'ailleurs son abandon progressif. Si de nos jours, certains ajoutent des oeufs, du beurre, voire du lait ou de la farine de froment afin d'obtenir une galette plus souple et colorée, la recette d'eau, de sel et bien sûr de sarrasin, reste une valeur sûre depuis bientôt 1 000 ans.

Des douceurs déclinables à l'envi

Avant même l'utilisation généralisée du froment, on consommait déjà des crêpes sucrées. Celles-ci étaient faite à base de sarrasin auquel on ajoutait des oeufs, du sucre et des épices comme la cannelle. Populaires sur l'ensemble du territoire français, les crêpes, telles qu'on les connaît aujourd'hui, n'existent finalement que depuis un peu plus d'un siècle. En fonction des régions, elles sont tantôt fines, épaisses, croustillantes, moelleuses, grandes ou petites, et répondent au doux nom de tantimolles en Champagne, vautes dans les Ardennes, roussettes en pays d'Anjou ou encore crupets en Gascogne.

Pour réussir des crêpes maison, rien de compliqué. Il suffit de mélanger farine, oeufs, lait, sucre et beurre - une recette adaptable en version sans gluten, sans oeufs et/ou sans lait -, puis de verser une louche de pâte dans une poêle bien chaude. Après quelques minutes de cuisson et une fois retournée, la crêpe sera prête à être dégustée. Nappée de sucre, de beurre, de pâte à tartiner, de confiture, de fruits ou de caramel, elle fera le bonheur des gourmands à l'heure du goûter.